Tournant autour de l’existence d’êtres qui n’ont pas le même rythme que nous, humains, "Silent Friend", en s’intéressant aux réseaux de rhizomes, aux pulsions électriques qui relient les plantes, comme à leur réponse à des stimuli extérieurs, questionne la capacité d’observation comme de communication de celles-ci. Dans une mise en scène où le contemplatif (de multiples détails de feuillages, fleurs, ramures…) côtoie des simulations en images de synthèses du système radiculaire, le film questionne aussi notre capacité, à nous humains, à communiquer et à faire preuve de bienveillance (envers les femmes, envers d’autres manière de penser ou d’être). D'une fascinante beauté et d'une étrange tonalité, il s'agit là d'un des grands favoris pour le palmarès de ce samedi soir.Abusdecine.com, Olivier Bachelard, 06/09/2025
Les trois parties de « Silent Friend », où l’on évoque les âmes et le sexe des plantes, racontent des quêtes émerveillées de savoir mais il s’agit aussi de trois récits de solitude et de rejet. Enyedi se penche sur différentes époques, différentes étapes du savoir scientifique, et différentes étapes de la place laissée aux femmes et aux minorités dans cette course à la connaissance ultime. L’autre point commun entre ces explorateurs solitaires, c’est un arbre centenaire (sans doute l’ami silencieux évoqué par le titre du film) planté majestueusement en plein milieu du campus. Ce dernier a beau être considéré comme un temple du savoir, le film nous parle aussi beaucoup de tout ce qui n’est pas encore su, ce qui est tu ou qui n’est pas compris.
« Et si les plantes nous observaient, tout comme nous les observons ? » se demande un autre personnage. Ces récits nous sont racontés comme en sourdine, reliés par une série d’échos singuliers et de visions poétiques parfois abstraites qui finissent par prendre autant d’importance que le scénario en lui-même. Ildikó Enyedi ne fait pas que miroiter un langage naturel (sa mise en scène laisse énormément de place à la nature, ses bruits, son silence, son rythme et son mystère), et en nous invitant à réinventer notre place dans le monde qui nous entoure, elle retrouve ici la puissance de la métaphore onirique et politique de ce qui était jusqu’à aujourd’hui son meilleur film, « Corps et âme ».Lepolyester, Gregory Coutaut, 07/11/2025
« Silent Friend » est un film étrange qui célèbre la complexité des arbres, des plantes et des fleurs, envisagés comme des organismes non seulement doués de vie mais aussi, peut-être, de raison et de sentiments. Ils interagissent avec les humains en tout cas. Qui en apprennent sur eux-mêmes. Leçon de modestie teintée de cocasserie, le film est un éloge de la curiosité, de l’expérimentation, tendues vers l’inconnu, porteur de vertu. Une femme, un immigré mal vu (Tony Leung a fort affaire avec un gardien de parc raciste), un rural brocardé par des citadins : c’est tout un rapport à autrui qui est joliment repensé à partir du ginkgo et des fleurs, mises en beauté à travers un florilège d’images grossissantes. Où leur éclosion est spectaculaire. En termes plastiques et chromatiques, « Silent Friend » est sans doute ce qu’on a vu de plus surprenant dans cette édition 2025. « Silent Friend » réunit pas mal d’atouts pour, lui aussi, faire partie du palmarès.Télérama, Jacques Morice, 06/09/2025