Image volontairement trébuchante, instable, hésitante. Devant la tension, le drame qui s’apprête à nous noyer, notre cœur se fait comme cette caméra à l’épaule, chevrotante (…) Porté par l’incroyable duo d’acteurs français Salim Kechiouche, Zbeida Belhajamor, le couple de migrants Sara et Adam se fait touchant, tendre et brillant : on ne voit qu’eux. Pourtant, gravitent autour d’eux en costumes de policiers, Lucie Debay, Michael Aboutebille, Yoann Zimmer… Dans ce film poignant, les visages connus du cinéma belge se font silhouettes secondaires. Bourreaux involontaires. Mais bourreaux quand même.
La musique, quasiment inexistante hormis quelques nappes atmosphériques, vient renforcer la brutalité du film, le déchirement que l’on ressent et l’empathie profonde que l’on développe pour ces exilés qui croyaient pourtant avoir déjà vécu le pire en quittant la dictature syrienne et ses exactions. “L’Enfant bélier” est une véritable leçon sur l’inhumanité dont est capable l’humain.Cinergie.be, Quentin Moyon, 25/11/2025
Si “L’enfant bélier” critique la violence institutionnelle à l’encontre des migrants, il ne condamne jamais personne. Il honore la mémoire de la petite Mawda – Clara à l’écran – et révèle l’humanité malmenée de chacun des protagonistes. Sans pathos ni musique larmoyante, il met le spectateur face à l’irréparable, à la violence des passeurs, de la police comme institution et des lois lorsqu’elles criminalisent le malheur. Il restaure la dignité des parents et répare par la fiction ce que la justice n’a pas pu faire et que la police a eu du mal à admettre.
Marta Bergman livre une œuvre à la rigueur documentaire, mais aux émotions propres aux grandes tragédies, puisque chacun se retrouve confronté à un malheur qu’il n'a pas voulu. Personne n’en sort indemne. Elle filme les personnages au plus près de leurs émotions pour permettre au spectateur de s’identifier à eux, de plonger avec eux dans ce qui n’est pas seulement un fait divers, mais un drame humain et universel.L’Appel, Jean Bauwin, 20/01/2026