En somme, le film de Francesco Sossai n’a rien d’un film à la mode. On n’y trouvera rien sur la méditation en pleine conscience ou sur la plénitude du bien-être par les plantes. Ajoutons que nos deux lascars n’ont aucun a priori, que coucher avec une femme ou un homme, c’est pareil. Des mecs cool mal attifés, quoi, qui prennent leur plaisir quand il se présente sans barguigner. ‘Sont pas bégueules. Et puis un soir, les deux vieux comparses, lors de l’une de leurs virées, rencontrent un jeune homme, Giulio, étudiant en architecture. À leur contact, comme Trintignant à celui de Vittorio Gassman dans « Le Fanfaron » – pas d’inquiétude toutefois, « Le Dernier pour la route » ne finit pas comme le film de Dino Risi –, Giulio va découvrir des aspects de la vie qu’il ne connaissait pas. Carlobianchi et Doriano, eux, vont découvrir des lieux architecturaux qu’ils ne connaissent pas.
« Le Dernier pour la route » est un film qui fait du bien. Sans doute pas un chef-d’œuvre. Pas non plus un feel good movie. Mais un film avec une infinie tendresse pour le genre humain. Un film qui n’a rien à vendre – il ne fait pas non plus l’éloge de l’alcool ou de la paresse. Et “ça fait du bien par où c’que ça passe”, comme le disent les paroles d’une vieille chanson de troufion (Le Pinard) que Michel Simon chantait dans « Le Vieil Homme et l’Enfant » de Claude Berri.Lesinrocks.com, Jean-Baptiste Morain, 22/05/2025
Certains films surgissent parfois de nulle part et touchent mystérieusement le cœur des spectateurs. C’est ce qui s’est passé pour « Le Dernier pour la route », second film de l’Italien Francesco Sossai présenté à Cannes à Un certain regard. Sur le papier, l’errance d’un trio de types perdus qui roulent toute la nuit dans une Jaguar, de bistrot en troquet, pour prolonger leur ivresse jusqu’au bout de la nuit n’a rien de très folichon. Et pourtant… Dès la première séquence, hallucinante et drôle, le charme agit. Un patron d’entreprise débarque en hélicoptère à la sortie d’une usine pour remettre une montre Rolex à l’un de ses employés vétéran parti à la retraite. Avec une liberté folle et une invention formelle qui rappelle la comédie à l’italienne des années 1970, « Le dernier pour la route » met en scène deux quinquagénaires éjectés du système qui descendent de leurs montagnes pour prendre un dernier verre à Venise… Il suit avec tendresse et humour le périple alcoolisé d’un trio de copains abîmés par la vie. Aussi attachant qu’hilarant.Le Figaro, Olivier Delcroix, 23/05/2025
(…) Mais bien plutôt de montrer du doigt une transformation sociale et économique intense qui dénature les lieux de vie et les laisse sans âme. C’est tout encore la classe ouvrière d’Elio Petri qui en plus d’avoir été broyée durant les décennies précédentes se retrouve ici démunie de tout, tandis qu’un vol dans une usine reste sans gloire et sans finalité de contestation politique, en dehors du choix individualiste d’acheter une voiture luxueuse comme triste signe extérieur de richesse.
Le constat reste bien amer mais a pour mérite de dresser un constat large de la société italienne contemporaine où le sens de la comédie est plus sombre que les modèles des pairs du cinéaste, comme en témoigne la photographie, le soleil des paysages italiens est délibérément absent.
Quant au duo d’acteurs formé par Filippo Scotti et Sergio Romano, leur interprétation inoubliable est au centre de l’intrigue et donne la saveur de l’ensemble du film. Face au jeune homme candide, leurs personnages ne sont pas sans rappeler encore les facétieux Renard et Chat de la série télévisée mythique « Les Aventures de Pinocchio » (1972) réalisée par Luigi Comencini, invitant le film sous la forme d’un conte désenchanté contemporain.Blogs.mediapart, Cédric Lépine, 09/11/2025