Le film, très simple dans sa fiction, brosse la fin d’un temps : le démantèlement d’un monde (détruit pour des raisons de spéculation immobilière) dédoublé par la sortie de l’enfance du protagoniste. Le présent du quotidien et de la débrouille se voit creusé et amplifié des songes de ce qui aurait pu être ou de ce qui aura été ; de tous les temps rêvés ajoutés aux temps vécus.
C’est que le désœuvrement de l’enfance donne accès à la durée : pour errer, jouer, imaginer des mondes alternatifs. Le film n’idéalise certes pas un lieu privé des ressources les plus élémentaires (comme l’électricité) ou engourdi par le trafic de toxiques. Mais il s’attache à peindre une culture affranchie : des champs à perte de vue plutôt que les clapiers des HLM et l’invention de rythmes propres, festifs, intempestifs, familiaux, rituels. Au son, les chants, cris, vrombissements de quads et aspirations de vapoteuses, donnent un souffle vital au site. À l’image, la transfiguration opérée par Rui Poças (brillant chef opérateur, entre autres pour Miguel Gomes) est saisissante. Les prises de vues réalistes, proches des visages et mobiles, alternent avec des tableaux qui nous emportent dans des mondes multiples : des nuits de Ribera aux hallucinations chromatiques de David Hockney. C’est que les enfants, par le biais des filtres de leur portable, documentent leur espace et y projettent tous les possibles d’une faune et d’une atmosphère surnaturelle.Les Cahiers du Cinéma, Élodie Tamayo, 20/05/2025
Le cinéaste joue des textures et des formats d’image pour raconter le regard de l’ado sur le monde. Ce dernier filme avec son portable et voit l’univers en lui prodiguant des filtres et des couleurs fascinants, que la mise en scène propulse sur grand écran. Guillermo Galoe croit dur comme fer dans le passage de relais social et politique par le cinéma. Sa force tient à son talent de conteur, qui utilise à merveille le réel (lieux, situations, êtres humains), pour en faire des décors, des scènes et des personnages à la puissance émotionnelle âpre et bouleversante.Bande à part, Olivier Pélisson, 03/09/2025
Le regard réaliste posé sur ce lieu dantesque, où la drogue circule aussi facilement que les animaux et les enfants des rues, se double ainsi d’un élan romanesque irrésistible, porté par des acteurs non professionnels habitant la Cañada Real. Grâce à eux, à des prises de vues audacieuses et à la phototagraphie de Rui Poças (chef opérateur talentueux qui a travaillé, entre autres, pour le Portugais Miguel Gomes), la beauté luit au cœur de la noirceur. Entre contes immémoriaux, vérisme et surnaturel, ce premier film célèbre sans simplisme une culture du lien et du dehors, un mode de vie communautaire certes agonisant, mais encore vivant.Télérama, Mathilde Blottière, 03/09/2025