Film restauré

LARMES DE JOIE

Italie
1960
1h46
VOST
Version restaurée - NB
De :
Mario Monicelli
Image :
Leonida Barboni
Scénario :
Suso Cecchi d’Amico, Agenore Incrocci, Furio Scarpelli, Mario Monicelli d’après des nouvelles d’Alberto Moravia
Musique :
Lelio Luttazzi
Avec :
Anna Magnani, Totò, Ben Gazzara
Séance(s)

Dim. 01 Mars /Megarama /13H30

Mar. 03 Mars / Megarama /15H30 

Dim. 01 Mars /Megarama /13H30

Mar. 03 Mars / Megarama /15H30 

Deux anciens artistes de music-hall, Gioia Fabricotti, surnommée Tortorella, figurante à Cinecittà, et Umberto Pennazzuto un ancien acteur surnommé Infortunio pour sa capacité à provoquer de faux accidents et escroquer les assurances, se retrouvent, sans l’avoir voulu, à passer une fois de plus ensemble la nuit de la Saint-Sylvestre. Entraînés par Lello, un petit truand, ils vont de fête en fête et de mésaventure en mésaventure.

Subtile et drôle, cette pépite méconnue de Mario Monicelli recèle de grands moments de comique mélancolique. Anna Magnani en blonde peroxydée et Totò forment un couple inimitable et unique. Dans leur virée nocturne, ils sont accompagnés par Ben Gazzara qui n’était pas encore célèbre, pour former un trio de pieds nickelés magnifique !

Critique(s)

Réalisé entre deux chefs-d’œuvre (« Le Pigeon » et « Les Camarades ») par un Mario Monicelli alors au sommet, ce joyau est la chronique d’une nuit de la Saint-Sylvestre qui tourne au désastre pour un trio de bras cassés pathétiques - une éternelle figurante de Cinecittà (Anna Magnani), un vieux cabotin fatigué (Totò) et un petit escroc sans envergure (Ben Gazzara). Le film commence comme une pièce de commedia dell’arte usée où tout le monde est en surrégime, mais cette énergie un peu criarde trouve rapidement à se fondre dans les rouages d’une mécanique burlesque absolument merveilleuse de précision. Monicelli utilise les décors naturels de Rome comme un théâtre à ciel ouvert où se déploient de grandes scènes à la démesure de plus en plus marquée. Places désertes, night-clubs bondés, retour sur la séquence de la fontaine de Trevi de La Dolce Vita avec Totò et Magnani (le film de Fellini est sorti quelques mois auparavant), villa gothique peuplée d’aristocrates allemands et chantiers au petit matin surgissent comme les visions démâtées d’un rêve au noir et blanc cristallin. Au-delà de son casting invraisemblable (Magnani, Totò, Gazzara !), c’est dans cette manière d’avancer dans une vaste nuit artificielle et d’avaler les espaces urbains comme autant de scènes oniriques que le film séduit. La déambulation, le jeu sur le vide ou le trop-plein (magnifique scène où Totò et Ben Gazzara se retrouvent dans une zone complètement détruite par les feux d’artifice) chargent le film d’une scintillante mélancolie hivernale.Les cahiers du cinéma, Vincent Malausa, 04/2013
Les ratés magnifiques, leurs magouilles approximatives, leurs espoirs trop grands pour eux : Mario Monicelli les a aimés et honorés comme personne. Qu’on se souvienne des cambrioleurs piteux du « Pigeon », des conscrits pleutres et gaffeurs de « La Grande Guerre ». Réalisé en 1960, juste après ces deux grands films, le méconnu Larmes de joie est un cru du même tonneau : pétillant de la comédie, amertume de la chronique sociale. On croise, ici, en un seul soir — agité — de Saint-Sylvestre, l’irrésistible star comique de l’époque, Totò, et ses yeux si tristes. On découvre Anna Magnani en… blonde, plus volcanique et vulnérable que jamais. Ben Gazzara, futur acteur fétiche de John Cassavetes, joue les voleurs de salon, les rats de gala, entraînant les deux autres dans ses combines perdues d’avance. Monicelli et sa complice, la grande scénariste Suso Cecchi D’Amico, concoctent pour le trio une folle virée nocturne dans Rome, à la poursuite des illusions de chacun : romance, richesse ou, au moins, un brin de rêve, pour quelques heures. Comme dans un petit conte philosophique dont les héros, quoi qu’ils fassent, malgré leur énergie, leur rage de vivre, sont toujours les dindons de leur propre farce.Télérama, Cécile Mury, 06/09/2024
Restée inédite dans les salles françaises jusqu’en 2013, cette perle comique signée en 1960 par Mario Monicelli (« le Pigeon ») témoigne de l’insolent savoir-faire d’un cinéma populaire italien alors à son zénith. L’exceptionnelle vivacité du film tient à la précision fabuleuse avec laquelle le réalisateur tire parti de la respiration chaotique et picaresque d’une nuit blanche : de sauteries squattées en errance inquiète sur le pavé romain, les personnages y passent en un clin d’œil de leur solitude de purs marginaux sombrant dans l’euphorie collective à la jubilation de se raccrocher au bon pigeon, d’ouvrir la bonne porte, de chiper enfin un portefeuille garni. Le tandem Magnani-Totò, dont la carrière déclinait alors, est à la fois touchant et complémentaire, tandis que Ben Gazzara, pas encore l’icône de Cassavetes, ruisselle de classe.Le Nouvel Obs, Guillaume Loison, 11/09/2024
Ce personnage débordant d’énergie, allant au bout du ridicule et du pathétique, est au centre d’un film qui est pourtant bien plus qu’un simple véhicule de star. Car autour de Gioia/Magnani, le cinéaste et ses co-scénaristes Moravia (auteur des « Nouvelles romaines » dont le script s’inspire), Suso Cecchi D’Amico et les inévitables Age & Scarpelli, dressent un portrait de la Rome de 1960, celle de « La Dolce Vita » (nombreux clins d’œil à Fellini, à commencer par un bain dans la Fontaine de Trevi), et du boom. C’est un monde impitoyable où le cynisme et le clinquant sont rois et où la fête (Saint-Sylvestre oblige) a un fort parfum d’amertume et de tristesse. La superbe photo noir et blanc de Leonida Barboni fait briller de tous ses feux cet univers rutilant tout en mettant en évidence son côté creux, l’envers du décor sordide toujours prêt d’apparaître.aVoir-aLire.com, Claude Rieffel, 28/04/2004

Bande Annonce / Extrait

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