Le film frappe, encore aujourd’hui, par son horreur sonore d’une grande modernité, où piano, magnétophone et boîte musicale font office d’intermédiaires entre le monde des vivants et celui des morts. L’idée la plus brillante consiste ainsi à confronter le compositeur de musique classique aux bruits métalliques de la maison, proches de la musique concrète. Peter Medak, réalisateur né en Hongrie puis expatrié au Royaume-Uni — à la tête d’une production canadienne, en l’occurrence —, combine une approche gothique, héritée des « Innocents » (Jack Clayton, 1961), et une veine plus documentaire, rappelant “L’Exorciste” (William Friedkin, 1973). La première se manifeste par des plans-séquence à la trajectoire erratique, comme autant de vues subjectives du revenant. La seconde convoque un surnaturel qui ferait partie intégrante du quotidien, jusqu’à une incroyable séance de spiritisme. Quant à la balle d’enfant qui roule en bas des escaliers, elle impressionna Stephen King à vie.Télérama, Nicolas Didier, 29/10/2025
La mise en scène, discrètement calligraphique, est particulièrement inspirée sans être exubérante. Le spectateur est savamment plongé au cœur d’un univers dépressif. De longs travellings serpentent dans les couloirs labyrinthiques d’un manoir, les courtes focales déforment parfois les perspectives, la photographie de John Coquillon (1930-1987), chef opérateur attitré des films de Sam Peckinpah, oscille entre les teintes automnales intemporelles et la froideur d’un contemporain atone et sans qualités. Plus mélancolique qu’horrifique, le film rappelle une période aujourd’hui lointaine où le fantastique cinématographique s’adressait à un public adulte. “The Changeling” se révèle aussi une réflexion politique. Disons qu’elle semble donner raison au Vautrin de Balzac pour qui “le secret des grandes fortunes sans cause apparente est un crime oublié parce qu’il a été proprement fait”.Le Monde, Jean-François Rauger, 29/10/2025
D’une part, la première partie est davantage dans le registre de la suggestion, en écho aux productions RKO des années 1940 : une note de piano, une chaudière défectueuse ou une porte qui se ferme font monter la tension en donnant la piste d’une présence occulte, ce dont le spectateur ne doute nullement. De “La maison du diable” (1963) de Robert Wise au récent “Presence” de Steven Soderbergh, le fantôme hors champ a été à l’origine de bien des réussites. D’autre part, “The Changeling” glisse ensuite vers une veine davantage expressive : on songe ainsi à “La malédiction” (1976) de Richard Donner et autres œuvres de cette mouvance, avec toutefois une modération dans le montage (les cris d’un enfant en danger) et un refus du gore à proprement parler. Le public cinéphile pensera aussi, tout au long de la projection, à d’autres pépites du suspense, antérieurs ou postérieures à “The Changeling” : une recherche historique sur une tragédie familiale s’étant déroulée dans la même ville convoque “Vertigo”, quand une montée de marches pour atteindre une pièce dangereuse fait écho à “Psychose”, tandis qu’une séance tendue de spiritisme annonce « Les Autres ».aVoir-aLire.com, Gérard Crespo, 29/10/2025