François Ozon s'attache à porter à l'écran cette idée d'incarner à travers un seul personnage l'absurdité du monde, et la vanité des hommes à vouloir donner un sens et une morale à ce qui n'en a pas. Camus exprime cette idée par un récit introspectif. Par la voix de Meursault, à la première personne, il déroule les événements qui jalonnent son existence, depuis l'annonce de la mort de sa mère jusqu'à sa propre mort, et la manière dont il les vit. Au cinéma, Ozon fait le choix d'une caméra ne quittant presque jamais Meursault. Benjamin Voisin, filmé sous tous les angles dans un noir et blanc tranché, donne chair, par sa présence lumineuse, à ce personnage béant, qui ressemble sur le papier davantage à une idée ou à une question qu'à un être humain.France Info Culture, Laurence Houot, 26/10/2025
Ozon signe un film sensoriel d’une grande perspicacité, porté par une indéniable conscience de mise en scène. Débutant son adaptation sur un versant littéraire mais jamais littéral, utilisant à son profit les décors urbains – froids et neutres, comme son héros – captés dans un noir et blanc carcéral, il initie un mouvement tout en crescendo vers un final débarrassé du discursif et entièrement raconté du point de vue des corps. Des peaux solitaires brûlées par le soleil et par les désirs interdits qui trouvent leur acmé tragique dans un paroxysme de violence et d’érotisme libérés. Entre fidélité et trahison à la matrice romanesque, entre expressionnisme et surréalisme dans sa tonalité, « l’Etranger » de François Ozon, brillamment interprété par Benjamin Voisin, semble surgir des limbes. Irradié et désespéré.Le Nouvel Obs, Xavier Leherpeur, 28/10/2025
Avec un noir et blanc d’une grande beauté, tout en ombres et lumières, François Ozon fait de son Etranger un film d’une sensualité irradiante. De Benjamin Voisin à Pierre Lottin, en passant par Rebecca Marder ou Denis Lavant, son casting repose sur des acteurs, tous impeccables, dont il appuie la présence physique à l’écran. Sa mise en scène éclaire en sous-main Meursault d’un rapport à la vie inscrit dans la matérialité du monde – la mer, le soleil, les paysages, les corps… Le tout culminant dans une scène de meurtre montée en une suite de gros plans à l’indéniable dimension crypto-gay, ouvrant là encore par l’image une autre lecture de ce qui se joue à l’écrit.Le Monde, Boris Bastide, 28/10/2025