La réalisatrice Zhanna Ozirna saisit l’angoisse et l’incompréhension des protagonistes en filmant les visages en gros plan. Son dispositif filmique est minimaliste. Mais quelle émotion ! Elle y saisit chaque souffle, chaque inflexion de la voix, chaque mouvement de paupière aussi léger que l’aile d’un papillon. La réalisatrice ukrainienne signe ainsi un film confiné, comme un témoignage effrayant, important, crucial. Une romance intimiste vécue dans l’urgence aussi chaleureuse que glaçante. “Honeymoon” ne dure que 1h24. Pourtant, on ne ressort pas indemne de cette plongée au cœur d’une histoire d’amour figée par la guerre qui s’installe.Le Figaro, Olivier Delcroix, 30/09/2025
Le contraste entre le mode de vie « bobo » d’Olya et Tara et la précarité dans laquelle ils sombrent progressivement n’en rend que plus aisée l’identification aux deux protagonistes. La suite de plans fixes qui caractérisait le début de l’histoire fait alors place à des mouvements de caméra suggérant le trouble, tout en se rapprochant de personnages parfois contraints de ramper dans l’appartement. L’horreur est quant à elle hors champ, des vociférations ou des bruits de tir suggérant que la maison du couple sera peut-être assiégée par des militaires s’en prenant manifestement à des civils. La réalisatrice précise dans les notes d’intention : « Le récit suit deux individus confrontés à un danger mortel — ils sont plein d’espoirs pour l’avenir, mais enfermés dans l’horreur du présent. C’est une exploration de leur lien sous différents aspects : l’amour dans toutes ses dimensions, les rôles de genre, l’intimité, le sexe, la confiance en soi, la peur et la panique, la tendresse et, au bout du compte, une confiance totale. ».aVoir-aLire.com, Gérard Crespo, 05/10/2025
Inspiré de récits réels, le film de Zhanna Ozirna fonctionne sur l’identification immédiate à ces personnages, la sensation de normalité qui précède l’ahurissante irruption de la guerre dans le quotidien. “Honeymoon” n’est pas un drame pédagogique sur l’invasion de l’Ukraine mais se contente d’esquisser ce basculement dans la survie : évacuant le contexte et la guerre hors-champ, il retient l’intimité effarée, les corps qui se découvrent mortels, les conversations de deux amants piégés dans l’inconnu des jours qui viennent, entre ces quatre murs où ils se croyaient trop libres pour mourir.Libération, Sandra Onana, 30/09/2025