Dès les premières images, une vibration : un homme dans l'obscurité souterraine, un chantier, le feu, les flammes, le vacarme. Puis l'inextricable désert, là d'où vient Ciro. C'est un film qui se propulse lentement, pour nous faire circuler dans un désert saillant et peuplé des morts où la rugosité de la nature, celle qui strie aussi les visages, se manifeste sans cesse. Par des images saisissantes, le réalisateur dévoile un monde où les anciennes légendes se transmettent et influencent les personnages — car la couleuvre noire est partout, même dans le désert, lorsque père et fils semblent hypnotisés par le sifflement du passé. Avec la magie du réel, Aurélien Vernhes-Lermusiaux signe aussi un film sur la famille, les origines et le destin. Tourné avec épure et intensité, porté par la musique des Tindersticks. Un film qui se passe de mots, et qui, par la puissance de ses images, interroge les contrastes de notre époque.Camila Beltrán & Jan Gassmann, cinéastes de l'ACID, 06/05/2025
Si l’étrangeté est partout (il y a même des morceaux de satellites qui se sont écrasés dans ce grand nulle part), le langage cinématographique choisi par Aurélien Vernhes-Lermusiaux est celui du proche, jamais du lointain. En dépit de l’exploit qu’il représente — un basculement géographique risqué, à la Werner Herzog —, son film ne semble chercher à battre que des records de modestie. Dépouillé, taiseux comme son héros, il ne joue pas non plus la carte du cinéma vérité, de la fiction documentaire sur une Colombie inconnue. Tout est intériorisé dans cette avancée à travers les paysages de ce qui fut autrefois une jungle et qu’habite aujourd’hui l’imaginaire. Sans crier gare, “La Couleuvre noire” nous emmène très loin. Dans la rencontre avec un monde qui se transforme plus vite que les êtres et les aide à changer eux aussi. Un monde où l’aridité du sol et une certaine austérité du cinéma deviennent tendresse. Un nouvel horizon pour nos émotions.Télérama, Frédéric Strauss, 23/05/2025
Autour d'une image patiemment contemplative où les mouvements de caméra en disent plus que les dialogues sur les enjeux du protagoniste, la composition originale de Tindersticks vient sans cesse offrir une densité inattendue dans des espaces où l'appréhension immédiate de la réalité sociale ne suffit plus pour comprendre une dynamique locale. La quête du héros mutique devient alors métaphorique de notre capacité à saisir la force surréaliste de situations qui dépassent l'entendement immédiat mais qui n'en sont pas moins les symptômes explicites d'un dérèglement environnemental. Pour cette raison, “La Couleuvre noire” d'Aurélien Vernhes-Lermusiaux est une fable existentielle qui germe sur le terreau d'une appréhension écologique du monde.Le Club de Mediapart, Cédric Lépine, 01/10/2025