Le titre « Oui » est d’une incroyable intelligence. Ces trois lettres à elles seules racontent le libre arbitre du peuple juif qui a le droit de défendre celles et ceux qui ont subi la cruauté du Hamas et en même temps de refuser les exactions commises sur le territoire gazaoui en dehors de toute réglementation internationale. Le long métrage trouve son apogée dans cette séquence absolument surréaliste où le héros grimpe la montagne de l’Amour permettant de regarder les bombes qui s’abattent sur Gaza. On apprend d’ailleurs avec effroi que des touristes vont jusqu’à pique-niquer sur le mont afin de contempler la guerre qui broie des vies humaines. La mise en opposition de la barbarie guerrière et des fêtes gigantesques sur la côte méditerranéenne apparaît de manière nette, évidente, comme une invitation à prendre de la hauteur sur un monde qui ne parvient plus à discerner le bien du mal et à inventer une solution durable en faveur des peuples en guerre. La grande réussite de “Oui” demeure sa capacité à réconcilier des nations et des citoyens dans une idéologie foncièrement humaniste et pacifiste.Avoir-alire.com, Laurent Cambon, 21/09/2025
Nadav Lapid répond coup pour coup avec ses armes : il fait entendre des sons pris à Gaza sous les bombes, montre au loin une cité de l’enclave d’où s’échappent de grises fumées mortifères, lâche les chiens de l’imaginaire pour signifier l’état de ruines qui caractérise aussi Israël, ruines morales, décomposition avancée, argent corrupteur… Il ne s’interdit pas non plus des répliques qui ont valeur de punchlines assassines envers les Israéliens. « Vous êtes difficiles à aimer » fait presque figure de doux aveu.Politis, Christophe Kantcheff, 24/05/2025
« Yes » est un collage free, carnavalesque et dissonant. Une farce grinçante, qui secoue, grise (oh, cette envolée de Thelonious Monk ! oh, ce joli titre de Margo Guryan !), attriste, suscite le malaise. Peu de séquences sont faites pour caresser le spectateur dans le sens du poil. Le réalisateur de « Synonymes » a toujours procédé ainsi, lui qui ne cesse d’interroger son rapport conflictuel à Israël, dans un mélange de masochisme et de dédain assumé. Ce qui est nouveau, ici, c’est l’absence de contestation frontale sauf du côté de Jasmine, qui n’hésite pas, elle, à cogner. Y dit « oui » à tout. Un oui baveux — la salive, la langue, la bouche sont ici des motifs obsessionnels. Le jazzman vend son âme et son corps, se prostitue à l’occasion, en compagnie de Jasmine — séquence désopilante, où leur cliente richissime d’âge mûr exige d’eux d’être léchée dans l’oreille. Lécher les bottes, l’antihéros sait faire aussi.Télérama, Jacques Morice, 17/09/2025