Focus cinéma

UNE ENFANCE ALLEMANDE, ÎLE D’AMRUM 1945

Allemagne
2025
1h33
VOST
De :
Fatih Akin
Image :
Karl Walter Lindenlaub
Scénario :
Fatih Akin & Hark Bohm
Avec :
Jasper Billerbeck, Laura Tonke, Lisa Hagmeister
Séance(s)

Lun. 02 Mars / Espace des Arts GE / 9H45

Lun. 02 Mars / Espace des Arts GE / 9H45

En 1945, une famille de Hambourg, résolument nazie, se réfugie sur l’île d’Amrum où elle possède une résidence secondaire pour échapper aux attaques aériennes des alliés. Nanning, 12 ans, brave une mer dangereuse pour chasser les phoques, pêche de nuit et travaille à la ferme voisine pour aider sa mère à nourrir la famille. Mais l’écroulement du régime hitlérien est irrémédiable et le retour de la paix va attiser les rancœurs. Les anciens privilèges sont remis en cause. De nouveaux conflits surgissent. Nanning doit apprendre à tracer son propre chemin dans un monde bouleversé.

Une œuvre profonde, à hauteur d’enfant, qui aborde frontalement la fin de la guerre et l’après-guerre, le rapport à l’époque nazie, les attitudes envers elle. La quête obstinée de pain blanc avec du beurre et du miel symbolise la naissance morale du jeune héros, Nanning.

Critique(s)

La force du film tient aussi au travail du chef opérateur Karl Walter Lindenlaub, qui sublime la faune et la flore d’Amrum. La lumière blanche découpe les silhouettes sur les rivages comme autant de fragments de mémoire. L’horizon immense crée une sensation de vacuité, de monde suspendu où tout peut basculer. Amrum semble trop vaste pour les drames intimes qui s’y jouent : un lieu où la beauté n’efface rien, mais rend chaque douleur plus visible. Akin retrouve ici une forme de classicisme proche du néoréalisme, mais imprégnée de sa sensibilité plus charnelle et nerveuse. Avec « Une enfance allemande : Île d’Amrum, 1945 », Fatih Akin signe l’un de ses films les plus émouvants et les plus maîtrisés. Il ne cherche pas l’éclat, mais atteint une clarté rare. Ancré dans la mémoire précise de Hark Bohm, le film parle pourtant d’aujourd’hui : de la manière dont les idéologies s’insinuent, dont les enfants les absorbent, dont les adultes restent prisonniers et dont les paysages en gardent la trace. Par sa douceur, sa rigueur et son refus de juger trop vite, Akin compose une œuvre discrète mais durable. On en ressort avec l’impression d’avoir traversé une époque et une conscience : celle d’un enfant découvrant qu’on peut désapprendre ce qui nous a façonné, et que la vitalité la plus pure – celle qu’Akin chérit depuis toujours – peut suffire à ouvrir une brèche dans l’ombre.Le Bleu du Miroir, Grégory Perez
On se souvient des premiers films de Fatih Akin qui traitaient de l’exil et de la fuite. Ici, la question de l’échappée belle pour une famille bourgeoise, privilégiée, ayant vendu son âme au diable nazi, se pose dans les mêmes manières. Le palais doré qu’ils occupent dans la villégiature de l'île d’Amrum raconte un exil, une impossibilité d’être chez soi quelque part, avec notamment ces enfants de l’école qui se moquent du petit Nanning et l’accusent d’être un étranger. D’autres enfants débarqués de Pologne sont rejetés et doivent survivre dans des squats de fortune. Le réalisateur profite de son regard mixte entre ses racines turques et sa nationalité allemande pour questionner une nouvelle fois les problématiques identitaires, avec ce récit d’une installation à jamais précaire. “In the Fade” traitait déjà les questions d’appartenance culturelle et le cinéaste récidive mais en appuyant cette fois son propos sur des enjeux politiques et nationalistes. “Une enfance allemande - Île d’Amrum, 1945” est de loin le meilleur film du réalisateur. Rares sont les longs métrages qui abordent de façon aussi frontale le souvenir encore douloureux pour l’Allemagne d’un passé dictatorial ayant conduit aux horreurs que l’on connaît. La dimension de la barbarie est explicitée nettement chez les habitants qui ne doutent pas une seule seconde de l’existence des camps de la mort là où, en France, la propagande officielle laisse souvent penser que personne n’avait connaissance des arrestations sommaires des juifs et de la boucherie de masse qu’ils ont subis. Cela ne fait pas de ce récit un film militant ou politique. Seulement peut-être un long fleuve romanesque où les constructions personnelles se heurtent au regard d’autrui.aVoir-aLire.com, Laurent Cambon, 17/10/2025
Sublimé par les décors de l’île d’Amrum filmés avec une forme de poésie tragique par Fatih Akin, Une enfance allemande nous emporte dans le superbe récit d’un apprentissage. Petit à petit, les illusions du jeune Nanning s’effondrent, son petit monde bourgeois fait de même. Et le film de creuser en fond, des questions allant de l’exil au sentiment d’appartenance en passant par la quête identitaire et le pouvoir de la propagande (incarnée par sa mère, fervente partisane du Reich). Des thématiques chères à Akin depuis toujours. Ici, c’est à travers ce gamin qui a dû fuir Hambourg avec sa mère, son frère et sa tante, pour se réfugier dans la maison de villégiature sur l’île d’Amrum. Il est loin de chez lui et fait face à la méfiance des insulaires à son égard car “il n’est pas d’ici”. Dans ce cadre, Nanning (très bon Jasper Billerbeck) va se construire, ou plutôt se déconstruire pour mieux se reconstruire plus tard. Et Fatih Akin de signer un très beau drame aux allures de fresque romanesque bouleversante où la lumière jaillit dans un contexte crépusculaire. Un film surtout bien plus profond que ne le laisse entendre sa facture assez conventionnelle.Mondociné, Nicolas Rieux

Bande Annonce / Extrait

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