— Par Antoine Mocquet
Le court métrage avance avec ses questions. Les mêmes depuis le début. Quel voyage entreprendre sur un temps aussi réduit ? Comment vite installer une atmosphère qu’on s’apprête à quitter ? Comment viser l’essentiel sans pour autant se montrer obsédé par l’efficacité ? Moins surveillé, attendu par personne, on peut le prendre en tremplin pour rassurer qu’on sera apte au long, ou profiter de l’occasion pour expérimenter.
Cette liberté reste contrainte. Plus précaire, il doit resserrer le cadre, choisir, hiérarchiser, apprendre à suggérer. Très souvent plus jeune dans ses équipes, il se voit pourtant obligé d’user de vieilles astuces de cinéma et d’une intelligence qu’on acquiert au fil des obstacles, au cours d’une longue filmographie. Pour tous les postes, c’est une formation accélérée. Les chef.fes ops le savent.
Le festival de Chalon-de-Saône a initié cette année une première sélection de courts métrages, en partenariat avec le collectif Femmes à la caméra. Couvrant plusieurs genres, plusieurs économies (du film d’école au pré-acheté), elle a offert un panorama en 11 films de la production francophone récente. Particularité, ils ont tous été photographiés par une cheffe opératrice.
Coller au corps
Puisqu’il a fallu réduire le champ, autant le ramener à la chair. Réceptacles des violences, du monde, de ses lois, de leurs conditionnements, les caméras sont allées au plus près de corps cherchant leur émancipation. Ainsi, Métal Hurlant de Nicolas Aubry (image Camille Clément), faux huis-clos dans un camion entre une conductrice coincée derrière son volant, son planning et ses obligations, et un passager clandestin caché dans la pénombre de sa remorque, qui se retient de respirer pour ne pas déclencher le détecteur de CO2. Le recul est impossible. Nous roulons avec eux.
Autre claustrophobie, Sanguine de Capucine Pinaud (i. Oksana Kebeleva Luyssen et Bérénice Farges), joue de l’emboitement des cloisonnements. S’ouvrant dans la lumière dense rouge-mauve d’une fête dans un appartement exigu, il se poursuit au plus proche de son héroïne. Alix ne peut pas avoir d’enfant. Sa colocataire Suzie tombe enceinte. Rongeant sa jalousie, Alix vit une « inversion corporelle » : le sang qui s’écoule d’elle fuit désormais de sa douche. Elle se réveille une nuit encapitonnée dans un utérus, qu’elle cherche à percer pour retrouver son souffle.


